«Le triangle : Québec-Ottawa-Paris». Gilles Duguay

 

                                                                                                                        Collaboration  Alain Nantel

 
 

Homme d'aujourd'hui

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Difficile de savoir et encore plus de comprendre ce qui se passe dans le monde feutré et hermétique de la diplomatie. Mais voici qu’un diplomate de carrière, Gilles Duguay, maintenant à la retraite, réussit à nous guider au travers le dédale des relations politiques entre les trois capitales, Québec, Ottawa et Paris, et à nous faire comprendre comment le Québec a su se définir et à se faire reconnaitre sur le plan international. Le tout est raconté d’une façon vivante et captivante, allant jusqu'à la cadence du roman par moments. 

Après un survol permettant de mieux voir comment les Canadiens français se sont d’abord timidement rapprochés de Paris dès le début du  XIXéme siècle, leur présence se fait surtout sentir après la Deuxième Guerre mondiale par la nomination d’ambassadeurs francophones de première classe à Paris. Pensons à George Vanier,  Jean Désy et Pierre Dupuy. Mais tout commence vraiment avec la Révolution tranquille. Jean Lesage ouvre la première maison du Québec à Paris et Paul Gérin-Lajoie signe une première entente avec la France. Le triangle prend soudainement toute sa signification avec le célèbre « vive le Québec libre » clamé par De Gaulle. Et c’est alors que le passionnant récit des relations entre Paris, Ottawa et Québec commence.

  L’auteur, qui a été souvent témoin ou acteur de ces évènements, raconte avec un certain panache l’histoire de ce long affrontement diplomatique . Dès le début, une fissure apparait dans la structure constitutionnelle du pays, Ottawa invoquant sa juridiction exclusive en matière de relations extérieures, nécessaire à l’unité nationale. Paris et Québec poursuivent néanmoins leurs discussions. La Francophonie voit le jour et Québec, en tant que représentant de la nation québécoise, est appelé à jouer un rôle déterminant. De là ces longues tractations entre les trois capitales dont le triangle semble prédisposé à une étrange géométrie variable, selon les personnages en cause et les changements de politiques. Gilles Duguay en retrace minutieusement tous les développements et les ajustements qui s’opèrent pour donner finalement au Québec sa place dans le monde des relations politiques internationales en ce qui concerne principalement la langue et la culture françaises. 

Cette monumentale fresque de l’émergence du Québec sur la scène internationale soulève l’intérêt du début à la fin et se lit avec plaisir. Comme le dit si bien l’auteur, il s’agit là de l’une des plus belles réalisations de la Révolution tranquille. Et de ce fait, ce livre devient un incontournable.

 Gilles Duguay «Le triangle : Québec-Ottawa-Paris».

Récit d’un ancien ambassadeur canadien.

Les éditions de Septentrion, 2010.

628 pages.