Lettre à Jeannot Vachon qui s’interroge sur l’équité envers les hommes … en matière d’équité salariale
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Dans une lettre au journal Le Soleil, publiée le 27 février 2007, p.24) M.Jeannot Vachon, fonctionnaire au Gouvernement du Québec, se demande pourquoi la rémunération des catégories d’emplois à prédominance masculine n’a pas été relevée au niveau des catégories féminines mieux rémunérés; cette iniquité est d’autant plus ressentie que la rémunération des employés masculins a été gelée pendant plusieurs années pour permettre les «ajustements» versés aux catégories féminine. Nous avons cru utile de faire comprendre à M. Vachon les raisons de cette situation tout à fait idiote et de lui indiquer les personnes qui en sont responsables. 

  

M. Vachon j’ai attendu quelques jours avant de voir si quelqu’un réagirait à votre lettre du 27 février dernier. Comme il fallait s’y attendre vous avez chanté dans une salle à peu près vide, mais ne soyez pas découragé nous sommes deux ou trois à vous avoir entendu. Effectivement, un homme fonctionnaire n’a pas une grande valeur en cette ère d’équité salariale féministe. Apparemment Claudette Carbonneau, Monique Jérôme-Forget, Louise Harel, Henri Massé et Michel Sawer n’ont tout simplement pas eu le temps de vous informer que les merveilleuses lois sur l’équité salariale ne permettent pas l’ajustement de catégories d’emplois  masculines à des catégories féminines mieux rémunérées.

 

En effet, selon Marie-Thérèse Chicha, la gouroue dans le domaine, ce serait «de la discrimination à rebours».1 Elle approuvait ainsi la décision du juge  Evans de la Cour fédérale qui avait déclaré : « une plainte déposée par des hommes alléguant qu'ils reçoivent un salaire moindre que les femmes dont les salaires ont été ajustés au niveau du salaire moyen des femmes par application de l'article 11 et qu'ils sont victimes d'une disparité salariale interdite par la loi ne pourrait être accueillie si l'on entend respecter l'esprit de la loi ». Une juge québécoise, comme Carole Julien par exemple, tiendrait, sans doute, le même raisonnement même si, notre Loi  sur l’équité salariale hausse le salaire des femmes au niveau du salaire maximum des catégories masculines. En effet, il n’y a pas, logiquement, de limite à la correction de la discrimination quand il s’agit de déshabiller Jeannot pour habiller Jeannette (c'est le cas de le dire) car, comme l’a aussi décidé le même juge Evans, « la preuve d'un lien causal n'est pas appropriée en matière de discrimination systémique... parce que le marché n'est pas lui-même exempt de tendances discriminatoires ».

La beauté du Droit c’est que l’on peut le pratiquer toute sa vie sans rien comprendre à la science économique, à  la science politique et à la sociologie. Que voulez-vous le législateur a déclaré que la discrimination pouvait être positive seulement envers les groupes minoritaires (ex : minorités culturelles, autochtones..) mais que, dans le cas de l’équité salariale, seules les femmes devaient être en mesure de l’invoquer alors qu’elles forment 51% de la population et  ont les mêmes droits que les hommes en plus d’en avoir quelque uns qu’elles sont les seules à pouvoir exercer (la décision d’avorter gratuitement).

Cela dit, il faut reconnaître que Madame Jérôme-Forget a déjà admis publiquement à plusieurs reprises et, semble-t-il, avec beaucoup de satisfaction,  que les hommes devaient payer pour que le gouvernement puisse ajuster le salaire des femmes :

 « Il y a un dossier qui me tient à cœur et je vais respecter l’engagement que nous avons pris à cet égard. Les femmes du secteur public profiteront de l’équité salariale même si cela devait obliger  un gel salarial des 600 00 employés de l’État »; 2

«Certains employés –principalement des femmes- allaient recevoir bien plus que 12% sur six ans en raison de l’équité salariale». La Présidente du Conseil du trésor ajoute : « çà fait des années que je me bats pour qu’on donne l’équité salariale aux femmes, c’est une bataille qui dure depuis des décennies et, par  conséquent, je ne vais pas aujourd’hui reculer face à cette responsabilité »;3

Mme Forget a reconnu que sa stratégie de réserver une enveloppe de 450 millions$ pour l’équité salariale  faisait en sorte que ce sont les hommes qui allaient faire les frais du règlement. Bien plus, elle  justifiait ce geste comme «une correction des erreurs du passé». 4

 

M. Vachon vous vous demandez comment on en est arrivé à une solution aussi  stupide. Tout simplement parce que ce sont des hommes comme vous qui ont discriminé contre les femmes dans le passé et que vous devez être So so so  sexsolidaires. Consolez-vous c’est aussi pour payer l’équité salariale féministe que le gouvernement a dû transformer les bourses aux étudiants en prêts, qu’il a refusé la parité aux médecins spécialistes et qu’il a ajouté 2 milliards à la dette publique.

Il serait peut-être temps que dans cette campagne électorale les femmes politiques et les leaders syndicaux soient interpellés au sujet des 2 milliards consacrées à l’équité salariale sans justification objective autre que le fait qu’il y a 360 000 employées dans le secteur public et parapublic à pouvoir en profiter et à voter «en toute reconnaissance de cause».

__

(1) Ce dernier énoncé « remet à sa juste place le risque de la discrimination à rebours, souvent brandi pour dissuader de toute mesure préférentielle en matière d'égalité ». «L’équité salariale ». Les éditions Y. Blais, Cowansville, 2000 p. 54

(2) Le Journal de Québec, 11 mars 2005, p. 16

(3) Le Soleil, le 30 septembre  p. A-10

(4) Le Soleil, 8 octobre 2005 p. A-4  «Équité salariale- Les hommes feront les frais d’un règlement, dit Jérôme-Forget »