Pour tous
ceux qui s’intéressent à l’histoire des États-Unis durant la
Deuxième Guerre mondiale, « No ordinary Time » est un
incontournable. Ce livre aborde cette époque non pas tellement
dans une perspective militaire, mais plutôt en racontant le
profond bouleversement causé par la guerre sur la scène de la
politique intérieure du pays et sur la société américaine tout
entière. L’auteure, Doris Kearns Goodwin, parvient avec grande
maitrise à nous faire vivre cette fabuleuse histoire à travers
le récit de la vie de Franklin et de Eleanor Roosevelt, deux
personnages légendaires de cette période perturbée.
Sous l’
habile leadership de Roosevelt, le gouvernement américain impose
progressivement le rationnement de la nourriture et de
l’essence, le contrôle des prix et des salaires, la mobilisation
des militaires et la répartition de la main-d'œuvre ouvrière
dans les usines de guerre. En peu de temps, l’Amérique devient
l’arsenal de la démocratie et Roosevelt invente de toutes pièces
la formule « land-lease » qui permet de ravitailler en armement
de toutes sortes tous les pays alliés, y compris les Russes,
quitte à rembourser quand ils le pourront. De 1940 à 1945,
l’industrie américaine fabrique 300 000 avions, soit environ 6
000 par mois, ce que l’Allemagne arrive à peine à produire en un
an. De plus, 87 620 navires de guerre, 5 475 cargos quittent les
chantiers maritimes et 107 351 chars d’assaut sortent des usines
d’automobiles. Entre autres, deux milliards de dollars sont
affectés secrètement à la recherche sur la bombe atomique. Une
telle production mobilise évidemment toute la main-d'œuvre
disponible. Quinze millions d’Américains quittent leur patelin
pour aller travailler à la ville dans les manufactures, sans
compter les douze millions qui sont appelés sous les drapeaux.
Cette gigantesque migration va transformer le pays au grand
complet et de manière irrévocable. Sous l’impulsion de
Roosevelt, les Américains comprennent qu’ils détiennent la clé
de la victoire et simultanément découvrent une nouvelle Amérique
où tout leur devient possible.
Mais ces
mesures de guerre apporteront des changements profonds dans la
société américaine : les femmes accèdent au travail à
l’extérieur de leur foyer et n’y renonceront plus; on assiste au
début de l’émancipation féminine. De leur côté, les noirs
réussissent à mieux s’organiser parvenant de peine et de misère
à se faire accepter aussi bien dans les forces armées que dans
les usines. Par ailleurs, la grande entreprise américaine
s’approprie la part du lion dans la production d’armement et on
voit naitre ce cartel industriel encore d’actualité aujourd’hui.
En même temps, la société de consommation prend son envol et
dictera ses règles à l’ensemble du pays et en fin de compte au
monde entier. Pour sa part, Eleanor Roosevelt est appelée à
jouer un rôle déterminant en encourageant les femmes à aller
travailler et en faisant construire les premières garderies pour
aider les mères de famille. Elle exerce aussi toutes les
pressions nécessaires sur les autorités militaires et civiles
pour permettre aux noirs de contribuer à l’effort de guerre,
soit au front, soit en usine. Femme indépendante et idéaliste,
Eleanor Roosevelt croyait sincèrement que la victoire de la
démocratie devait d’abord se gagner au pays par l’égalité des
hommes et des femmes, blancs et noirs.
Doris
Kearn Goodwin raconte avec finesse l’ histoire d’une nation en
pleine transition sous l’impulsion de Franklin et d’Eleanor
Roosevelt . Six années de recherche lui ont permis de bien
cerner cet aspect souvent méconnu de la Deuxième Guerre mondiale
et d’animer sa narration de nombreuses anecdotes, de détails
palpitants et de confidences puisées dans une prodigieuse
documentation. On découvre le couple Roosevelt sous un angle
plus humain à travers leurs joies et leurs déceptions, leurs
succès et leurs échecs. Et surtout un peuple américain qui se
rallie à une cause commune incarnée par son président. Rien de
pareil n’avait été vécu depuis la Guerre civile de 1860. Cet
ouvrage a d’ailleurs marqué la littérature américaine et a
remporté le prix Pulitzer pour l’histoire en 1995. « No ordinary
time » n’est pas un livre ordinaire.
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No
Ordinary Time. Franklin And Eleanor Roosevelt; the Home Front in
World War II.
Doris
Kearns Goodwin.
Simon &
Schuster Paperbacks.
1994.
757
pages.