En mai 2011, les Québécois ont voté NPD.

             On souhaiterait qu’ils aient pensé à ce qui adviendrait après une telle absurdité

 
 
 

Homme d'aujourd'hui

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 La démocratie fait du sens quand les citoyens réfléchissent au moment de voter et accordent de l’importance au geste qu’ils posent. L’élection fédérale du 2 mai 2011 indique, à notre avis,  qu.au contraire les citoyens du Québec ont été incapables d’une réflexion minimale sur les enjeux et la conjoncture. Comment expliquer qu’ils aient rejeté du même coup  le Parti Conservateur, la Parti Libéral, le Parti vert,  et le Bloc québécois  pour  tomber dans les bras du NPD ,un parti socialiste dans le genre de ceux que l’on trouve en Europe ?.

Nous prenons pour acquis que ces électeurs avaient au moins pris connaissance des programmes respectifs des partis, de la qualité des divers candidats, qu’ils avaient une certaine mémoire des comportements et accomplissements antérieurs des formations  en lice et qu’ils étaient au courant des intentions de vote ailleurs dans le pays.

Le rejet du Parti Libéral  (34 députés)

Ce parti a promis une intervention accrue du gouvernement fédéral dans des domaines de compétence provinciale - santé, éducation- et a répondu positivement à presque toutes les demandes  des  groupes de pression locaux. Le chef, malgré de vaillants efforts, a continué d’être perçu comme un intellectuel décroché des problèmes vécus par la majorité. L’image  du parti est demeurée ternie par le scandale des commandites  et l’entrée en scène de Jean Chrétien n’a fait que raviver ce souvenir. En tant que parti de l’Opposition officielle, il a été tenu responsable de l’instabilité gouvernementale et de la tenue d’élections à répétition à grands frais (300M$) au cours des  dernières années   On constate que ce parti a subi la même désaffection dans le reste du Canada puisqu’il se retrouve avec 34 députés  et ne constitue plus l’Opposition officielle.

Le rejet du Parti Vert  ( 1 député)

Malheureusement, la cheffe  de ce parti ne s’est pas présentée au Québec  car, dans les circonstances, elle aurait sans doute  pu y être élue. Il faut reconnaître que la Colombie-Britannique a des comportements électoraux  encore plus étranges que ceux du Québec.

Le rejet du  Bloc québécois   (4 députés)

Ce parti  n’avait qu’un seul  leitmotiv : défendre les intérêts du Québec mais sans jamais pouvoir prendre des décisions puisqu’absent dans toutes les autres provinces. Social-démocrate  il se distinguait peu du NPD jusqu’à ce que, dans les dernières semaines, se sentant menacé par ce denier il décida de ramener la question de l’indépendance  du Québec. Cette décision et  l’arrivée tardive et malencontreuse, en renfort, des Jacques Parizeau et de Gérald  Larose  et Pauline Marois (tous représentants du Parti québécois) ont fait réaliser que tenir ce débat sur la scène fédérale  portait à faux  et qu’après 20 ans il était temps  de voter pour un parti qui avait peut-être des chances d’accéder au gouvernement.

L’appui au NPD (61 ou 62 députés )

-- L.’appui à ce pari  serait d’autant plus cohérent que la population adhère presque complètement  au credo social-démocrate – appelé modestement modèle québécois- depuis des décennies. En effet, cette hypothèse est plausible puisque, au Québec, le Parti québécois, le parti Québec-Solidaire  et même le Parti Libéral  sont de la même idéologie avec des nuances presque imperceptibles. Toutefois, cela suppose que la population ait été ignorante de l’histoire du NPD (sa création dans l’Ouest –CCF) – son approche franchement plus  centralisatrice  (à Ottawa) que les «deux vieux partis» et plus interventionniste et dirigiste que le Parti Libéral du Canada. Mais comment peut-on voter pour le Bloc pendant 20 ans et, du jour au lendemain, voter pour un parti qui, historiquement, a été animé par une  approche si opposée.

-  D’aucuns expliquent ce vote, à la fois,  par le ras le bol des Québécois envers les autres vieux partis (PCC et PLC- comme si le NPD était jeune) et par la croyance qu’ils avaient d’exercer un réel pouvoir puisque, selon divers sondages, le NPD avait des chances de recueillir suffisamment de votes dans les autres provinces pour espérer former  au moins le parti de l’Opposition officielle. Comme, en bout de piste, ce sont les députés du Québec (sur les 102 élus) qui ont permis à ce parti d’occuper ce poste puisqu’il n’a finalement recueilli que 6 députés de plus dans le reste du  Canada on peut dire que la vague orange n’a roulé que sur le  seul petit lac québécois.

-- On doit conclure que foncièrement l’électorat  québécois  s’est  satisfait d’être dans l’opposition au palier fédéral  comme, jadis, il opposait un gouvernement libéral à Ottawa à un parti conservateur à Québec et vice versa. Le NPD n’aurait  fait que remplacer le Parti libéral du Canada. Il y a là une grave erreur de perspective. Cette stratégie défensive se justifiait  à l’égard de deux  partis profondément enracinés au Québec. L’Union nationale  et le Parti libéral du Québec. Mais, en 2011,  au fédéral, le NPD  n’a rien d’un PLC ou même  d’un PCC.  Au provincial, le Parti libéral social-démocrate de Charest, face à Parti québécois indépendantiste et également social-démocrate, n’a rien d’une Union nationale autonomiste  et conservatrice de Duplessis..Or, il est bien évident que la direction du NPD  ne pourra se permettre de  laisser croire au reste du Canada qu’il est une autre espèce de Bloc  en  donnant préséance aux revendications du Québec. Il signerait son arrêt de mort.  Il ne peut en aucune manière favoriser même «une autonomie plus grande» du Québec sous peine de perdre tous ses appuis dans le reste du Canada ?

- Bref, le Québec sera encore isolé et  sans aucun réel pouvoir à Ottawa puisque sa représentation au sein du gouvernement sera lilliputienne.

--Il est difficile de considérer que ce vote de contestation nouveau genre était réfléchi lorsque l’on constate le nombre élevé de candidats qui étaient soit très jeunes et peu formés (une façon originale, coûteuse et certainement inefficace de combattre le décrochage scolaire) soit sans travail. On na confondu «sang neuf»  et «sang juvénile». Nous ne votons pas pour qu’un ado  prenne une expérience de travail, nous votons pour qu’un député se serve de son expérience de travail  et de vie  pour nous représenter au mieux de nos intérêts.  Bien sûr, on peut aussi être vieux et con comme vient de le  prouver  le député d’Outremont  (à propos de la photo de Ben Laden) mais, dans son cas, nous avons affaire à un récidiviste que l’on a élu en connaissance de cause.

Le rejet du Parti Conservateur  (5 députés) 

Il est vrai que la stratégie de «l’alternance» a joué longtemps en faveur  du Parti Libéral du Canada à cause de la longévité de l’Union nationale au Québec. Mais ce dernier parti est décédé dans les  années 1970 et c’est la prise du pouvoir du Parti québécois qui a fait en sorte que le parti  Conservateur de Brian Mulroney (1984-1993) a obtenu une forte délégation québécoise. Mais  c’était il y a un bon moment. Avec un Parti libéral en poste à  Québec, le  PCC de Harper  a obtenu ici  10 députés en 2008,   5 en 2011.

Comment expliquer le rejet de ce parti qui, malgré une base importante dans l’ouest du pays  a fait une place significative à la petite délégation québécoise au cours des dernières années tout en étant gérant efficacement la sortie de la crise mondiale ?  L’électeur québécois serait-il si obnubilé par cette stratégie  et si dépité  du Parti libéral du Canada qu’il n’ait pas  saisi un changement majeur de conjoncture  et d’acteurs.  Comment se fait-il  qu’il ait  ignoré les vieux proverbes : «les absents ont toujours tort»,  ou  «if you can’t beat them, join them».

Nous retenons quatre principaux facteurs.

-- L’absence éhontée depuis plus de 20 ans de véritables débats publics dans les médias électroniques  sur les divers enjeux qui confrontent la société québécoise par des personnes qui ne sont pas identifiés à des partis politiques. Les quelques émissions qui font semblant de jouer ce rôle (genre Bazzo)  ressemblent davantage à des salons de thé du Plateau Mont-Royal où sont invités des amis  de la madame qui partagent tous le même fonds de commerce social-démocrate. Cela est vrai pour la scène provinciale et encore plus pour la scène fédérale.  Il s’ensuit une ignorance crasse de la population en ce qui concerne les principaux défis qu’elle a à relever, les problèmes  présents et à venir qu’elle doit résoudre et les diverses solutions qui pourraient leur être apportées. Ainsi, le projet du gouvernement Conservateur de réduire le financement public des partis politiques  est  généralement contesté au Québec parce que l’on croit ce financement a mis fin aux caisses électorales occultes financées par les entreprises en échange de divers avantages. Étonnamment, on ne s’émeut pas de l’aide financière versée aux partis sociaux-démocrates par les centrales syndicales aux mêmes fins. On fait semblant aussi de ne pas savoir que ce financement  n’a pas empêché les mêmes caisses de perdurer comme une commission d’’enquête l’aurait révélé si le PLQ avait eu le courage d’agir comme  un bon gouvernement.  Cette situation est aggravée par  le biais de la presse écrite.

 -- En effet, le parti pris en faveur de la pensée social-démocrate et l’antipathie manifeste de la très vaste majorité des éditorialistes, chroniqueurs, reporters et journalistes syndiqués  envers la pensée conservatrice, à l’exception de ceux des deux journaux de Québécor. Ils avaient déjà réservé un sort identique à l’Action démocratique qui  a la même pensée.  La meilleure illustration de ce phénomène nous est donnée par le directeur de l’éditorial du quotidien Soleil qui, avant l’élection, conseille aux électeurs de  «voter local», en somme de ne pas supporter le Parti Conservateur  mais qui, après l’élection écrit ceci (3 mai 2011 p.35) ; découvre  les vertus de cette formation et de son chef mais  le  prie de ne pas adhérer à la philosophie de son parti.

 « Stephen Harper, lui, vient de faire la démonstration qu'il n'avait pas besoin du Québec pour obtenir la majorité. Dans sa  lorgnette, le fédéralisme d'ouverture, les généreux transferts fédéraux et la reconnaissance de la nation n'ont sans doute pas eu  les retombées escomptées. Alors pourquoi s'en préoccuper et y investir   davantage? En fait, le chef  Conservateur peut difficilement prendre le risque de s'aliéner le Québec, et  de le traiter si injustement qu'il     pourrait des lors ajouter du combustible à l'option souverainiste  qui vient justement de subir une  amère défaite (…) Pour sa part, Stephen Harper vient de démontrer une «fois de plus sa maestria politique et sa fine compréhension de la psyché politique canadienne. Le chef conservateur a compensé la relative faiblesse de son-image personnelle  par sa minutie, son ardeur au travail et des qualités de tacticien politique" exceptionnelles. Ses qualités de gestionnaire de l'économie lui ont valu une large reconnaissance. Faut souhaiter qu'un Stephen Harper majoritaire ne cède pas maintenant à une approche idéologique de la gouvernance »

Bref, Noreau  n’accepte toujours pas l’opportunité d’une approche conservatrice. Il n’a pas compris que face à un parti d’opposition socialiste le PC n’aura même  pas le choix d’être et de paraître de droite. Il ne craint pas que sur  la scène politique fédérale l’opposition gauche droite se radicalise et aboutisse, comme pendant des années en Angleterre, à une espèce de sclérose de l’action politique jusqu’à ce que le Labour se conduise comme un parti libéral sous Tony Blair. Il n’a pas compris que l’Ontario, encore une fois, va nécessairement rafler les prises majeures parce que cette province a fourni un fort contingent de députés, ce qui est tout à fait normal. Noreau se satisfait de ce que le Parti Conservateur ne pourra pas traiter le Québec de manière «très injuste» sans alimenter la fièvre souverainiste. Aucun regret de ne pas avoir encouragé les citoyens à envahir le parti Conservateur de manière à au moins tenter  de jouer un rôle positif au palier fédéral.  En somme, il est satisfait de ce que le Québec va continuer de râler, de  menacer de partir si  la moindre requête n’est pas reçue gracieusement  par un gouvernement où il  est représenté  par  5 députés sur 308.

-- L’opposition des artistes  au Parti Conservateur parce qu’ils  affirment que ce parti est  contre la culture et principalement la culture française. Dans un effort de réduction du déficit  Harper a effectivement coupé dans les sommes versées en subventions à la représentation d’artistes à l’étranger. Comme  les médias fournissent à ces derniers une assez grande visibilité,  le problème est devenu majeur et plusieurs Québécois se sont sentis concernés. Pourtant, d’autres Québécois sont tout à fait  favorables à ce que le Gouvernement du Québec verse des subventions au Festival d’été de Québec, la capitale de la Francophonie en Amérique, pour qu’il puisse faire venir  à grands frais  les  Paul Mc Cartney, Ramstein, Iron Maiden, Black Eyes Peas, Metallica, Elton Jones… un véritable détournement de fonds publics plus  grave que les coupures fédérales.

---L’opposition  du mouvement féministe au Parti Conservateur pour divers motifs entre autres: il n’a pas, avec raison, donné suite à un  projet de législation fédérale sur l’équité salariale analogue à celle du Québec ; il projette de mettre fin à l’enregistrement des fusils de chasse au registre des armes à feu – un symbole patenté de la lutte du mouvement féministe contre la violence faite aux femmes : il a réduit les sommes versées aux groupes de contestation – dont le lobby féministe -- comme si ce n’était justement pas le devoir de ces groupes de ne pas être soumis au bon vouloir d’un parti au pouvoir; il propose généralement de réduire les interventions de l’État alors le mouvement féministe préconise au contraire la multiplication de ces interventions, du moins celles qui sont en faveur des femmes.

Or, il est assez remarquable que 40 des 75 candidats  NPD au Québec étaient des femmes à l’élection fédérale et que 37 ont été élues; le PLC avait 17 candidates et le PCC 13.  Bien sûr, très peu de ces candidates NPD ne s’attendait de gagner. Elles voulaient simplement se familiariser avec l’activité politique comme les y incite financièrement le programme provincial «À égalité pour décider », une autre mesure de discrimination positive pour femmes seulement.  Or, il est arrivé,semble-t-il, que  les électrices, en voyant le nom de leurs consœurs sur le bulletin, n’ont  pas hésité  à manifester leur  proverbiale solidarité féminine pour qu’elles «prennent leur  place », comme on les y invite  depuis  bientôt  quelques décennies. Elles ont même voté pour une serveuse de bar qui est  incapable de parler le français.

-- Enfin, la publication des sondages  jusqu’à la toute fin de la campagne électorale semble avoir  contribué  au raz de marée NPD  puisqu’il était  désigné second dans l’ensemble du pays (ex :Forum, Research 1 er mai). Toutefois, cela implique que les Québécois ont  préféré faire parti de l’Opposition officielle plutôt que du gouvernement.  Il doit pourtant y avoir des limites à jouer cette stratégie de «qui gagne perd ». La presse québécoise est encore cause ici puisqu’elle n’a pas pris la peine d’expliquer la situation.  Et si le parti Conservateur augmente la représentation électorale dans le reste du pays, un projet qu'il semble entretenir a-t-on indiqué récemment,  croit-on réellement que les 4 petits ministres du Québec vont être capables  de bloquer cette réforme qui aura pour effet de rendre la population du Québec totalement  électoralement insignifiante ?

Conclusion

Tout cela nous conduit à un scénario parfait pour un prochain referendum sur la souveraineté. L’ennui est que la population québécoise a déjà répondu non à deux reprises dans le passé alors que la conjoncture était nettement plus favorable et que, depuis ce temps, la situation  financière du gouvernement du Québec s’est grandement détériorée  et que la situation économique  de la province ne s’est pas améliorée.  Il se pourrait  donc fort bien que les quatre prochaines années  soient assez pénibles. Il serait grand temps que la population  exige du gouvernement  actuel qu’il commence sérieusement `à réduire ses interventions  qui paralysent l’économie du Québec. Malheureusement, en refusant  hier d’abolir la Commission de l’équité salariale il vient de prouver qu’il est encore le pantin de groupes de pression, dont le puissant lobby féministe  qu’il héberge toujours dans l’appareil de l’État.

 

 (mai 2011)